VPN et Proxy : l’interdiction prévue en Russie est dangereuse

open security lock on computer keyboard - computer security breach conceptCela fait déjà quelques mois que ça dure : la Russie veut interdire les systèmes d’anonymisation. Une loi est ainsi à l’étude pour interdire VPN, Proxy et Tor.

Des spécialistes de l’informatique ont participé à une discussion cette semaine au Parlement. Ils ont passé un message clair.

Le blocage envisagé ne va pas fonctionner et il s’avère même dangereux.

L’interdiction des VPN et autres se profilent ?

En avril un projet de loi visant la censure sur internet a été élaboré. L’objectif de cette nouvelle législation : réprimer logiciels et autres systèmes ou services qui permettent aux internautes russes de contourner les blocages mis en place et approuvés par le Roskomnadzor. C’est à dire le flic du net, un peu à l’image de notre Hadopi.

En ce début de mois, le fameux projet de loi a été soumis à la Douma, organe du Parlement russe. Si elle est approuvée, la loi prévoit d’interdire tous les alternatives qui permettent aux internautes russes de contourner ces blocages.

Il s’agit d’interdire serveurs étrangers, serveurs proxy anonymes, VPN comme Hidemyass, VyprVpn ou NordVPN et autres moyens qui permettent aux internautes russes à contourner la censure en changeant par exemple d’adresse IP.

En l’état actuel de la loi, les services d’anonymisation qui ne permettraient pas d’interdire l’accès aux sites répertoriés par Roskomnadzor seraient interdits. Les sites qui proposeraient des logiciels de contournement seraient également inscrits sur une liste noire.

Durant la semaine, la Douma a donc discuté avec des experts locaux de l’informatique, des communications et autres industriels d’internet.

Etaient ainsi présents les dirigeants du Roskomnadzor, des représentants de moteurs de recherche et même de certains VPN. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la loi est loin de faire l’unanimité.

Des voix dissidentes se font entendre

Sergey Malyanov, directeur des relations avec le gouvernement de VimpelCom, sixième opérateur mobile au monde avec plus de 240 millions d’abonnés a interrogé les politiques.

« Premièrement nous avons dû interdire l’accès à certaines informations. Ensuite les propriétaires de ces informations et les services associés.

Après il s’agissait de mettre en place un blocage supplémentaire au dessus du blocage déjà réalisé. Il s’agit donc déjà d’un triple effort. Où va s’arrêter ce blocage ?

Maintenant, il pourrait donc y avoir un quatrième niveau : un blocage sur les blocages déjà réalisés pour bloquer ceux qui n’ont pas été bloqués.

La loi s’est considérablement compliquée. Tout comme l’activité des personnes qui sont concernées par ces changements. »

Sergey Malyanov a également ajouté que ce genre d’actions peut potentiellement fermer complètement internet, le ruiner.. C’était pourtant un réseau ouvert utilisant des protocoles standards. De plus, il interroge sur l’efficacité même de ces actions.

« La question ne porte même pas sur les pertes que toutes ces restrictions vont engranger pour les moteurs de recherche, FAI, propriétaires de ressources et autres.

Il s’agit de savoir si ce projet de loi répond effectivement aux objectifs que ce sont fixés ses créateurs. Sincèrement, je crois que non. »

Ilya Sachkov, PDG de Group-IB, l’un des leaders mondiaux de la cybersécurité et des solutions contre les menaces informatiques a pour sa part déclaré.

« Les internautes ordinaires » devraient toujours utiliser un VPN pour protéger leurs données personnelles sur le web ». Il estime cependant que de tels services devraient être forcés de filtrer les sites jugés illégaux par l’état.

Concernant le blocage généralisé, il a par contre prévenu que ceux qui veulent le contourner auront toujours un temps d’avance.

Ruslan Ibragimov, représentant MTS, l’opérateur mobile géant qui emploie plus de 50 000 personnes s’est également exprimé.

« Lorsqu’un problème se présente, le gouvernement devrait veiller à ne pas rajouter un problème supplémentaire. Il ne devrait pas perturber un marché croissant qui est celui des VPN. »

« Nous avons compris que le mal doit être combattu. Mais il n’est pas nécessaire de créer un nouveau mal, à plus forte raison pour ceux qui sont impliqués dans cette lutte.

Le libellé général inscrit dans cette loi peut en effet représenter une menace considérable pour notre réseau. Ces mesures restrictives pourraient en effet l’affecter.

A plus forte raison le réseau VPN que nous sommes en ce moment en train de construire. Or le marché potentiel des VPN est estimé à 50 milliards de roubles par an. »

La Russie semble donc particulièrement déterminée à réaliser les changements législatifs nécessaires afin de contrôler l’internet.

Par contre, la solution technique ne semble pas encore être maîtrisée. Et sans un minimum de recul, les conséquences peuvent s’avérer catastrophiques.

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